Les bêtes affolées (Khar Us Nuur) - Le retour sur Khovd
Maud et Regis - jeudi 30 juin 2005 @ 14:46 - MONGOLIE - #174 - rss
Il doit être à peine 5h du matin quand le vieil homme débarque dans la ger. Il semble furieux et crie après Selenge. Dehors c'est la panique. La pluie a cessé, mais les chèvre sont apeurées et grelotantes de froid.
Les plus malignes se sont mises à l'abris sous la tente des gamins. Toutes les autres bèlent et essayent de rentrer dans la ger. Avec leurs cornes, elles tapent contre la porte en bois. On entend aussi les vaches qui ne sont pas plus rassurées.
Nous pensons que le vieil homme et les enfants ont passé une partie de la nuit à rassembler les chèvres qui, apeurées, se dispersaient. Quand les gamins sont revenus dans la ger, ils étaient trempés jusqu'aux os et ils tremblaient comme des feuilles mortes. Le pansement du petit est tout mouillé. De toute manière il peut le retirer maintenant. Malheureusement, le tulle gras a ramolli la croute et elle est tombée avec le pansement. Nous pensions bien faire évidemment, mais je crois que nous n'aurions pas du intervenir. A présent la plaie est de nouveau à vif. Espérons qu'elle ne s'infectera pas... En enlevant le sparadrap, la saleté est venue avec, laissant apparaître deux belles bandes roses sur la cuisse du petit. Il a fait la grimace et les a grattées comme s'il avait voulu retirer cette vilaine couleur.
Aucune nouvelle de Aia... Nous ne pouvons pas rester ici plus longtemps. Nous devons trouver une voiture. Régis a déjà essayé ce matin, en se mettant au bord de la "route", mais seulement deux camions y sont passés, et aucun d'eux ne se dirigeait vers Khovd. L'un d'eux n'a même pas daigné s'arrêter. Nous décidons de nous séparer pour multiplier nos chances. Je me suis postée là où Régis a attendu ce matin, et Régis est allé plus loin pour attendre au bord de la route pour Khovd. Il est allé si loin que mes yeux ne parviennent plus à le distinguer.
Cela doit faire presque une heure que j'attends. J'aperçois au loin un camion. Je me prépare et sors carnet et stylo, prête à faire des petits dessins explicatifs. Le camion s'arrête. Ils sont deux dans la cabine. Le conducteur, et un jeune garçon. L'homme hésite, puis accepte de nous emmener pour 15.000 T. Je lui explique que j'ai deux gros sacs dans la ger (à 5 bonnes grosses minutes à pied). Il me fait comprendre qu'avec son camion, il ne peut pas sortir de la "route". D'ailleurs, il ne peut pas nous emmener directement à Khovd. Il faut d'abord passer par un village à une trentaine de kilomètres d'ici. Comment prévenir Régis ? Comment ramener les sacs ? C'est alors que le moteur du camion s'arrête. Il est en panne... Le chauffeur est maintenant plus occupé à bricoler son moteur qu'à régler mon problème. Un autre camion arrive. Ce chauffeur là aussi m'explique que les camions ne peuvent pas emprunter la route pour Khovd... Je dois prévenir Régis. J'attends ici pour rien puisque aucun camion ne m'emmènera jusqu'à Régis. Je prends alors mon sifflet et souffle dedans de toutes mes forces en espérant que Régis m'entende. Mais le vent n'est pas avec moi... Je me dis que je vais devoir laisser partir les camions et aller chercher Régis à pied. C'est alors qu'arrive une jeep. C'est une grande chance, car là où les camions ne passent pas, une jeep peut se frayer un chemin... Le passager, un homme, ouvre sa portière. Le conducteur du deuxième camion s'interpose entre nous, sûrement pour expliquer la situation aux occupants de la jeep. La femme qui est au volant me toise à plusieurs reprises. Puis elle me fait un signe en frottant ses doigts contre son pouce, le même signe que chez nous pour dire "argent". Je lui montre alors mon petit dessin avec deux bonhommes et 15.000 T écrit en face. Elle sourit, et me fait "non" de la tête. Je monte les enchères à 20.000 T. Le marché est conclu. Trois passagers, assis sur la banquette arrière, que je n'avais pas remarqué à cause des vitres fumées, descendent du véhicule, ainsi que la femme. L'homme qui était à l'avant prend le volant et m'emmène jusqu'à la ger. Au loin, il me semble avoir aperçu la silhouette de Régis qui revenait vers nous. Je me précipite à l'intérieur de la ger : "Selenge ! Mashin ! Mashin !" Je charge les sacs dans la jeep. Celui de Régis est incroyablement lourd... En revenant dans la ger pour prendre le dernier petit sac, Selenge m'a attrapée par les épaules et m'a fait un gros bisou bruyant sur la joue. Puis elle a tenu à me faire un cadeau, et a attrapé un bijou sur la commode où trônent les photos de famille. C'est un pendentif argenté avec deux brillants représentants des cerises, au bout d'une chaîne argentée. Selenge me l'a passée autour du cou puis m'a prise dans ses bras...
Il est temps de partir. Je m'installe dans la jeep. Mais l'homme semble désapprouver quelques chose. Selenge lui répond très sèchement puis revient vers moi pour m'expliquer qu'il n'est plus d'accord pour 20.000 T à cause des sacs qui sont très lourds et qui vont lui faire consommer plus d'essence. 25.000 T ? OK. L'affaire est faite. C'est alors que Selenge s'écrie "Jude ! Jude !". C'est Régis qui nous a rejoint. C'est bon, nous pouvons partir. Nous remercions et saluons une dernière fois Selenge et le vieil homme, les seuls à être présents au moment de notre départ.
La jeep s'arrête au niveau de la route pour reprendre ses premiers occupants. Nous sommes cinq à l'arrière. C'est un peu serré mais il n'y en a pas pour trop longtemps. Une fois sur la route mes nerfs ont laché et je me suis mise à pleurer sans savoir si c'était le geste de Selenge qui m'avait touché ou si c'était le soulagement de ne pas rester coincée encore plusieurs jours dans un environnement qui n'est pas le notre.
Arrivés à Khovd, nous nous sommes fait déposer au bureau des télécommunications pour consulter nos mails. Pendant que Régis était sur internet, je suis allée prendre une douche au bain public. Voilà presque six jours que nous ne nous sommes pas lavés... Après avoir demandé mon chemin à plusieurs reprises, j'ai enfin trouvé le bâtiments des douches publiques, grace à une femme qui en est sortie les cheveux mouillés. On entre dans un grand hall où se trouve une petite guitoune sombre. Derrière la vitre se trouve la caissière. 900 T la douche. Une femme avec une blouse, sûrement une femme d'entretien, allume une bougie, la donne à une petite fille, et me fait signe de suivre l'enfant, qui m'emmène dans un couloir jusqu'à une cabine sombre, très sombre. Elle me laisse la bougie, et s'en va. Il n'y a pas d'électricité. Je n'ai que cette petite bougie pour m'éclairer dans cet espace tout noir où il n y a aucune source de lumière naturelle. En inclinant la bougie pour faire couler un peu de cire sur le banc afin de la fixer, la bougie s'est éteinte. Mer--. Je n'ai sur moi ni briquet, ni allumette. Heureusement que je ne me suis pas encore déshabillée. Il ne me reste plus qu'à ressortir et à demander du feu. De nouveau dans ma petite cabine, ma petite bougie fixée sur le banc, j'ai eu la mauvaise surprise de constater que le tuyau alimentant l'eau chaude fuyait, faisant couler l'eau chaude sur le côté et non pas dans la pomme de douche. Trop tard, je suis toute nue, ma petite bougie est collée au banc... et puis j'ai tellement besoin de me laver, tampis, ce sera douche froide... Et ça fait du bien quand même ! Régis n'a pas eu la chance d'y goûter ; il a passé trop de temps sur internet, et le bain public fermait tout juste ses portes quand il y est arrivé.
Après avoir fait quelques courses (coca (pas facile à trouver), biscuits, et un délicieux morceau de saucisson), nous avons pris une chambre au Khovd Hotel. La chambre se situe à l'étage d'un grand bâtiment avec des carreaux cassés. Elle n'est ni grande, ni petite, meublée de deux lits jumeaux, d'une table et de deux chaises. Des sanitaires (WC et lavabos) se trouvent au bout du couloir. Pas de douche. Pas d'eau chaude. Pas d'électricité.
Nous dînons dans notre chambre (salade de légumes en boîte de conserve et saucisson) et nous endormons pour la première fois depuis vingt jours dans un vrai lit...
Régis n'a eu aucun mal à s'endormir. Il ronflait déjà quand j'essayais de déterminer l'origine d'un bruit de sac plastique froissé... le bruit cessait dès l'instant que je rallumais ma lampe frontale. Il m'a même semblé entendre un petit couinement. J'ai bien cru qu'il s'agissait d'une petite souris. Le bruit a cessé et j'ai renoncé à en chercher la cause. Après tout, c'est pas la petite bête qui va manger la grosse.

Commentaires
dimanche 18 décembre 2005 @ 13:43, Minette - #
dimanche 18 décembre 2005 @ 18:01, Daniel - #
jeudi 26 octobre 2006 @ 15:34, Estelle - email - #
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