Ils ont tué une chèvre (Khar Us Nuur)
Maud et Regis - dimanche 26 juin 2005 @ 13:09 - MONGOLIE - #169 - rss
Nous sommes réveillés par la température étouffante qui règne dans nos duvets. La ger est une vraie fournaise. Nous sommes les derniers à se lever. Tout le monde est déjà debout et occupé. En guise de petit-déjeuner, nous avons le pain d'hier soir et de la crème.
Aujourd'hui est un jour spécial pour nos hôtes, un peu comme un jour de fête. Nous ne savons pas si c'est pour nous qu'ils l'ont fait, ou si c'est parce qu'ils n'avaient plus de viande, mais ils ont tué une chèvre ce matin. Régis les a vu faire. Ils ont d'abord sélectionné la chèvre, puis l'ont sortie du troupeau et maintenue tandis que le reste du troupeau était emmené au loin par les trois enfants. Ils s'y sont pris à trois : deux maintennaient l'animal et le troisième, Patsou, a fait une incision dans sa poitrine, puis y a plongé la main pour l'étouffer de l'intérieur. Je suis sortie de la ger au moment même où la chèvre expirait son dernier souffle de vie, accompagné d'un spasme... Elle est morte les yeux grands ouverts et la langue pendante.
Patsou a ensuite installé un drap sur le sol, et ils y ont déposé la chèvre inanimée. Pasou a préparé l'animal, sous l'oeil attentif d'un plus jeune pour qui il était sans doute temps d'apprendre à faire cela. Patsou a d'abord tracé une ligne avec son couteau sur le ventre de l'animal, puis il a décollé la peau.
Ensuite il a ouvert l'animal, et l'a vidé jusqu'à la dernière goutte de sang. Car ils gardent tout ; rien ne doit être perdu. Nous avons vu toutes les entrailles de la bête être sorties les unes après les autres, luisantes et sanguinolantes. Patsou les a délicatement déposées dans une grande bassine. Le sang a été recueilli dans un pot en alu, tandis que l'estomac a été donné au chien qui n'en a même pas voulu ! Une fois l'animal vidé, Patsou l'a écartelée pour l'ouvrir complétement. Les pattes ont été sectionnées au niveau du "genou",
et enfin l'animal a été décapité.
Le corps meurtri peut maintenant être accroché dans la ger pour commencer sa phase de séchage.
On se débarrasse des pattes mais on conserve la tête qui est déposée sur le sol juste à l'entrée de la ger. La peau est mise directement dans la voiture pour être vendue plus tard nous supposons.
Selenge a sorti des cendres du poêle (alimenté uniquement en bouses séchées ; il n'y pas de bois ici) à l'aide d'une pelle en alu. Les cendres encore fumantes ont été placées sous la carcasse pour en éloigner les mouches.
Pendant ce temps, la femme âgée s'est occupé des viscères : elle a coupé le coeur en quatre, et a vidé une poche recouverte de nervures qui contenait de l'herbe récemment broutée par la défunte, herbe sous forme plutôt liquide, dégagant une odeur forte et répugnante. Puis elle a retourné la poche pour pouvoir bien la gratter avec la lame de son couteau. Ensuite elle a vidé les longs mètres enroulés d'intestin. Nous l'avons vu faire sortir les petites crottes qui seraient bientôt sorties naturellement si la victime était encore en vie, puis de l'excrément plus liquide, puis l'herbe bouillie. L'odeur est difficile à supporter... Ensuite elle a fait coulé de l'eau à l'intérieur des boyaux pour bien les nettoyer. Pendant ce temps là, le jeune s'est appliqué à couper plusieurs gousses d'ail en petits morceaux. L'ail a été jeté dans le pot contenant le sang, lequel a été vidé dans les intestins. Ainsi, nous savons que ce midi, nous aurons ... du boudin ! de chèvre...
Toutes les viscères ont été cuites au-dessus du poêle. On nous a servit un bel assortiment de morceaux choisis. Je crois qu'il y avait un peu de tout dans notre assiette : du foie, du coeur, des reins, du truc bizarre aux grosses nervures, et du boudin, le seul truc qui soit à peu près passé. Pour Régis, manger du rein était une grande première. Nous n'avons pas terminé notre assiette ; il y en avait beaucoup, et c'était un peu trop fort en goût pour nous. C'était aussi très farineux, laissant sur le palais une couche de gras sec qui colle à la langue et qui assèche la bouche. En tous cas, eux se sont régalés ! Les enfants se sont jetés là-dessus comme des petits sauvages, en y mettant les mains et en engouffrant tout dans leurs bouches toutes auréolées de gras... Ce n'est pas tous les jours qu'ils mangent de la viande...
En dessert nous avons eu du yaourt (fait maison). C'était frais et délicieux.
Après un bon repas comme ça, rien de tel qu'une bonne sieste. Pendant que je dormais, Régis jouait aux échecs avec Aia qui est très fort à ce jeu.
Dans l'après-midi, deux hommes sont venus et sont restés quelques temps dans la ger. Nous ne savons pas si la famille connaissait ces visiteurs, ou bien s'ils étaient simplement de passage dans le coin, car dans la culture mongole, on accueille tout le monde chez soi, et on offre le couvert. Ils sont restés une heure, peut-être deux, c'est difficile à dire. Ils sont restés assis à boire leur thé au lait et à manger des morceaux de fromage sec. La discussion entre eux et Selenge était étrangement décousue, et Selenge n'a pas arrêté ce qu'elle était en train de faire pour leur tenir compagnie. Elle s'est juste interrompue un instant pour leur servir à boire et à manger. L'un d'eux s'est roulé une cigarette, l'a fumée, puis ils sont partis.
En fin d'après-midi, Régis a accompagné Aia et la femme âgée jusqu'au village voisin qui se trouve à une grosse demi-heure de voiture (20 km) (voiture se dit "machine" en mongol). Sur le chemin, ils ont croisé un camion, l'occasion de prendre un peu d'essence. Le village est composé de trois malheureuses baraques. Là-bas, la femme âgée est allée vendre son "airag" (koumiss), du lait de cheval fermenté. Elle a parlementé longtemps pour en obtenir le meilleur prix. Pendant ce temps, Régis et Aia l'atendaient à l'extérieur des échopes. Il y avait là un billard en triste état (il semblerait que ce loisir soit courant en Mongolie ; déjà à Ulaan Baatar, nous avions vu ces billards alignés en plein air sur les trottoirs). Bien qu'une boule soit manquante, Aia et Régis ont joué quelques parties, histoire de tuer le temps.
Ce soir, nous avons vu le vieil homme, aidé des enfants, préparer les chèvres pour la traite. Nous ne savons pas comment ils distinguent les chèvres qui ont du lait de celles qui n'en ont pas. Toujours est-il qu'ils les attrapent et qu'ils les attachent les unes aux autres par le cou, en prenant soin de les positionner tête-bêche, si bien qu'on a l'impression qu'elles sont complétement désarticulées, la tête retournée sur le dos.
Aujourd'hui un petit veau est né. Il est encore tout fébrile sur ses pattes et a trouvé refuge entre la ger et la voiture. Dans ce petit espace, il semble se sentir en sécurité. Quand Régis l'a approché pour lui faire une caresse, cela a mis en colère la maman-vache qui faisait les cent pas derrière la voiture en beuglant son mécontentement.
Au dîner, nous avons eu la joie de retrouver notre assiette de ce midi. On s'en doutait un peu. Froid c'est encore pire ! Et ils aiment tellement ça eux... Nous avons préféré leur dire franchement que ça ne passait pas. Ils nous ont donné du yaourt. Et nous avons partagé avec eux des oeufs durs que nous avions amenés avec nous. Nous avons aussi sorti nos concombres et avons essayé de leur expliquer que nous pouvions faire une salade et la manger avec eux. A la vue des concombres, la femme âgée s'est précipitée vers nous et les a acceptés en tendant les deux mains vers nous et en inclinant la tête. Nous n'avons pas eu notre salade. Je crois qu'on ne s'est pas vraiment compris. Au retour de notre balade du soir (pour faire nos derniers besoins de la journée) nous avons vu Selenge qui dégustait la fin d'un concombre. Ils ont du penser que nous leur offrions, et je crois bien qu'ils ont tout mangé !








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dimanche 18 décembre 2005 @ 13:20, Minette - #
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